Contenu

Message de notre sociétaire Anne-Marie Brisebarre : le pastoralisme cévenol et caussenard menacé par l’installation des loups.

publié le 28 août 2014 (modifié le 29 septembre 2016)

Comme vous le savez, je suis depuis de très nombreuses années (45 ans !) la transhumance ovine cévenole à laquelle j’ai consacré de nombreuses publications.
Depuis le mois de juin, les troupeaux transhumants sont victimes d’attaques de loups sur les estives situées dans la zone coeur du Parc national des Cévennes. Il s’agit d’un système de transhumance de troupeaux collectifs, constitués des bêtes de petits propriétaires prises en charge par un entrepreneur de transhumance, que l’on peut qualifier de relictuel et que l’installation du loup sur les estives fragilise encore plus. Deux races ovines locales "en conservation", qui constituent en majorité ces troupeaux, sont menacées de disparition si cette transhumance cesse.
En juin 2011, les Cévennes et les Causses qui les bordent à l’ouest ont été incrits au patrimoine de l’humanité (UNESCO) au titre des "paysages culturels de l’agropastoralisme".
Cette inscription est en particulier une reconnaissance de l’action plurimillénaire du parcours des troupeaux ovins, conduits par les bergers transhumants, tant sur les paysages, que sur une flore et une faune remarquables, favorisées par ce système d’élevage extensif respectueux de l’environnement. Ayant participé à la constitution du dossier d’inscription des Causses et Cévennes en tant qu’ethnologue spécialiste de la transhumance, je suis membre du conseil scientifique de suivi de cette inscription.
Plusieurs chercheurs et praticiens de diverses disciplines, connaisseurs de ce système d’élevage, ainsi que de l’élevage sédentaire caussenard lui aussi menacé, ont rédigé une "lettre ouverte" alertant sur cette situation. Elle est actuellement diffusée auprès des médias, des élus, des associations et organismes professionnels, dans l’espoir qu’une mobilisation permettra de trouver des solutions acceptables pour les éleveurs des Cévennes et des Causses, mais aussi pour ceux des Alpes (les premiers touchés il y a déjà maintenant deux décennies).
C’est pourquoi je me permets de vous envoyer, au nom de notre collectif, notre lettre ouverte espérant que vous pourrez lui donner un écho sur le réseau de la Société d’Ethnozootechnie.

Anne-Marie Brisebarre
Directrice de recherche émérite au CNRS
Laboratoire d’anthropologie sociale
Collège de France
52 rue du Cardinal-Lemoine - 75005 Paris
anne-marie.brisebarre@ehess.fr

En PJ lettre ouverte